Chaque année, des millions de produits ne trouvent pas preneur et finissent jetés, détruits ou stockés à perte. En France, le gaspillage alimentaire représente 10 millions de tonnes de déchets annuels, tandis que le secteur de la mode élimine des stocks invendus valant des milliards d’euros. Face à ce constat alarmant, une tendance émerge : acheter les invendus. Cette pratique, portée par des marques engagées et des plateformes de vente, incarne une économie circulaire vertueuse, alliant réduction des coûts, responsabilité écologique et accessibilité. Décryptage d’un mouvement en plein essor, où consommer devient un acte militant.
1. Le gaspillage : un fléau économique et environnemental
Les invendus sont le talon d’Achille de nombreux secteurs. Selon l’ADEME, 4 % du chiffre d’affaires des entreprises françaises partiraient en fumée à cause de la gestion des surplus. Dans l’industrie textile, des géants comme Zara ou H&M brûlent régulièrement des collections entières pour préserver leur image de marque. Un non-sens écologique, alors que la production d’un jean nécessite 7 500 litres d’eau.
Acheter les invendus s’impose donc comme une réponse pragmatique. En redirigeant ces produits vers les consommateurs à prix réduits, on réduit l’empreinte carbone, on limite l’enfouissement des déchets et on génère des revenus supplémentaires pour les entreprises. Une stratégie gagnant-gagnant soutenue par des acteurs comme Phénix, spécialiste français de l’anti-gaspi, qui a sauvé 40 000 tonnes de produits.
2. Les plateformes et marques pionnières de l’anti-gaspi
L’essor du numérique a permis l’émergence de solutions innovantes pour acheter les invendus. Too Good To Go, leader des paniers-surprises alimentaires, a sauvé 200 millions de repas dans 17 pays. Du côté du prêt-à-porter, Panoply propose des vestiaires professionnels reconditionnés, tandis que BonjourShop écoule des surplus de grandes enseignes à -70 %.
Les marques engagées repensent aussi leur modèle. Patagonia, pionnière de l’écoresponsabilité, revend ses retours stock en ateliers solidaires. Le Slip Français recycle ses chutes de tissu en accessoires. Même les géants comme Nestlé testent des ventes flash d’invendus sur des marketplaces B2B comme Cycle Terre.
3. Les avantages concrets pour les entreprises et les particuliers
Acheter les invendus n’est pas qu’un geste écologique : c’est un levier économique puissant. Pour les entreprises, la revente des surplus permet de :
- Réduire les coûts de stockage et de destruction (-30 % en moyenne selon une étude McKinsey)
- Générer un revenu complémentaire (jusqu’à 15 % du CA initial)
- Améliorer l’image de marque (70 % des consommateurs privilégient les enseignes anti-gaspi).
Pour les particuliers, l’accès à des produits neufs ou alimentaires à petits prix (jusqu’à -80 %) démocratise la consommation responsable. La startup La Ruche Qui Dit Oui! a ainsi rendu accessible le bio via ses invendus locaux.
4. Les défis à relever pour massifier la pratique
Malgré ses atouts, acheter les invendus se heurte à des freins logistiques et culturels. La gestion des flux (péremption, tailles disparates) exige une coordination fine, comme le fait Phénix avec ses algorithmes prédictifs. Autre obstacle : la mentalité « déstockage = bas de gamme ». Pour y remédier, Cycle Terre mise sur des partenariats premium avec des marques de luxe.
Les réglementations évoluent aussi. La loi AGEC en France interdit la destruction des invendus non alimentaires, contraignant les entreprises à adopter des solutions de réduction des déchets. Une aubaine pour les pure players de l’économie circulaire.
5. Le futur des invendus : technologies et nouveaux usages
L’innovation accélère la transition. L’IA optimise désormais les prévisions de production chez Zara, limitant les surplus à la source. Les blockchains, utilisées par Carrefour, tracent les invendus pour garantir leur réemploi.
Les business models se diversifient : abonnements (ex: Panoply), locations (**
Acheter les invendus n’est plus une niche, mais un pilier de l’économie circulaire moderne. En conciliant rentabilité et écologie, cette pratique répond aux attentes des consommateurs (76 % souhaitent plus d’offres anti-gaspi) et aux impératifs réglementaires. Les succès de Too Good To Go, Phénix ou Patagonia prouvent qu’un modèle économique vertueux est possible.
Pour les entreprises, intégrer la gestion des invendus dans leur stratégie RSE devient incontournable. Les outils ne manquent pas : partenariats avec des spécialistes comme Cycle Terre, recours aux plateformes de vente dédiées, ou innovations internes pour réduire les surplus.
Les particuliers, quant à eux, y trouvent un double bénéfice : réaliser des économies tout en agissant pour la planète. La démocratisation des apps et des marketplaces rend cette consommation responsable accessible à tous.
Reste à lever les derniers freins : harmoniser les réglementations internationales, industrialiser les logistiques de réemploi et continuer à éduquer sur la valeur des invendus. Avec un marché estimé à 60 milliards d’euros d’ici 2030, l’anti-gaspi a de beaux jours devant lui.
Pour terminer, acheter les invendus incarne une révolution silencieuse du commerce. Il ne s’agit plus de vendre plus, mais de vendre mieux – en transformant chaque produit en opportunité, plutôt qu’en déchet. Une philosophie que résume bien la maxime de La Ruche Qui Dit Oui! : « Le meilleur déchet est celui qui ne naît pas. »